AMERICAN SNIPER

De: Clint Eastwood.
Avec: Bradley Cooper (une forte, Serena), Sienna Miller (une forte, grande hauteur), Luke Grimes (amour libre, squatters), Jake McDorman (sans limites, sans vergogne).
Synopsis Allociné: Le sniper de la Marine SEAL, Chris Kyle, est envoyé en Irak dans un seul but: protéger ses camarades. Sa précision chirurgicale sauve d’innombrables vies sur le champ de bataille et, à mesure que les histoires de ses exploits se multiplient, il remporte le surnom de “The Legend”. Cependant, sa réputation s’étend au-delà des lignes ennemies, de sorte que sa tête a un prix et devient une cible privilégiée des insurgés. Malgré le danger et l’angoisse dans lesquels vit sa famille, Chris participe à quatre des plus terribles batailles décisives de la guerre en Irak, devenant ainsi l’incarnation vivante de la devise de SEAL: «Pas de voisinage! se rend compte qu’il ne peut pas revenir à la vie normale.
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American Sniper était l’objet de tous les regards, convoitises et controverses. Pour ma part, je voulais aussi souvent faire ma propre opinion sur la question. J’ai aussi l’intention de lire le livre d’où il est tiré pour approfondir le sujet.

Cela dit, il n’est pas surprenant qu’un film de ce genre libère des passions; et critiques à deux vitesses. Nous avons traité le héros comme un “massacre d’enfants”, le travail de beaucoup trop patriote, etc. J’ai l’impression que certaines personnes ont oublié qu’une guerre est une guerre. Qu’il a son lot d’ignominie, de non-sens, d’injustice et de violence. Et ceci, des deux côtés.

Il est probablement plus facile pour nous, spectateurs et journalistes, de critiquer un tel acte alors que nous sommes chaleureux chez nous et en sécurité chez nous alors que le front des soldats se bat pour nous. Combattre leurs propres démons, leurs propres questions et contradictions; et ceux de l’adversaire. Rechercher rapidement les bonnes réponses s’il y en a, la bonne stratégie. Débordant et frottant la mort tous les jours.

Sans excuser ni blâmer personne, je doute que nous puissions faire la guerre sans mains sales. Et, sans le cœur et le cerveau retournés. Je pense que c’est surtout l’idée de la guerre elle-même de ne pas déplorer les soldats qu’elle représente. On peut aussi se demander si cela est vraiment efficace quand on voit tout ce qui est perdu. Le visible comme le moins visible; et les conséquences à long terme pour le moment pas entendu.

Les chefs sont remplacés par des pelles; et les missions deviennent plus longues et plus difficiles à ramener à la maison. Le goût du sang, de la vengeance au-delà de tout sens, de toute raison. Une chaîne sans fin de désespoir et de violence.

C’est ce que souligne Clint Eastwood avec une éloquence et une sobriété sublimes. Mettre en avant les contradictions de son pays, le poids de son héritage; la responsabilité aussi de la famille et de l’éducation reçue par elle. Une Amérique qui a toujours eu un besoin presque obsessionnel de se protéger contre les autres et d’être aussi la plus forte. Sentiment exacerbé par les attentats du 11 septembre 2001.

Il y a aussi beaucoup de fanatisme religieux. Mettre en évidence une réalité de guerre qui dépasse l’entendement. Qui détruit et tue plus qu’il n’y paraît dans un pays en ruine. Qu’adviendra-t-il des institutions publiques, des écoles et de l’environnement, tous blessés par cette guerre? Cela nous encourage à être moins prudents, moins enclins à négocier et à reculer. Comme si le monde entier se résumait et se réduisait à la portée d’une arme comme celle sur laquelle Chris se couche sur le toit, à l’insu de l’ennemi pour protéger le sien.

Relocalisé et loin de tout; déconnecté aussi de la vie réelle et peut-être de son humanité. Chris n’est plus un mari, ni un père mais un soldat. Mais il s’accroche persuadé d’y voir un but, un objet commun: sauver son pays. Ce pour quoi il est fait et évidemment bon à.

Le retour à la maison est plus difficile comme si la vraie vie était futile ou bien c’est elle qui est anormale. En voyant ce film, j’ai repensé à une scène de Démineur; celui où le personnage de Jeremy Renner ne sait pas quoi acheter devant les étagères interminables d’un supermarché. En guerre, il suffisait de “seulement” tirer sur la gâchette. Un choix limité, un choix qui avait son importance, qui ne laissait pas de place à l’erreur. Mais, pour assister à l’un des barbecues quand on a vu ses amis tomber sous ses yeux, comment? Comment ne pas reconnaître dans le viseur l’enfant qui vous attend chez vous?

La lettre de Mark est le témoin; le témoin de l’absurdité de la guerre et de ses excès. Cela nous amène à nous interroger sur les choix que nous faisons chaque jour pour notre société et les générations futures. Une guérison toujours plus difficile, de plus en plus de stigmatisation qui ne guérit jamais vraiment. Est-ce ce que nous voulons pour nos enfants et les enfants de nos enfants?

American Sniper est le portrait doux-amer d’un homme déchiré, partagé entre son devoir et son humanité. Comme si l’un et l’autre ne pouvaient finalement pas être incompatibles. À l’imagination du film, Bradley Cooper est d’une précision et d’une efficacité dérangeantes. Pourtant, pour moi, la révélation est du côté de Sienna Miller transformée et transfigurée par son rôle loin de la fille et ex-femme de.

19.5 / 20