BILAN FILMS #4

* Dragon inside me  de Indar Dzhendubaev.

Le jour de son mariage, la princesse Mia est enlevée par un gigantesque Dragon qui l’emmène sur une île perdue au milieu de l’océan. A son réveil, elle fait la rencontre d’un jeune…

Malgré une BA qui en en dévoile trop comme toujours, cette dernière laissait entrevoir un univers riche et fantastique. D’autant que le film nous vient tout droit de Russie. Fait assez rare pour être souligné.

L’œuvre a un potentiel énorme mais très vite des couacs se font ressentir notamment la scène du mariage. Mia est sur le point d’être servi sur un plateau doré à son bien aimé Igor. Le plan suivant est celui de la jeune éplorée dans une caverne blessée. Pour ceux qui n’ont pas vu le trailer, ils se diront :  » Hé mais ça a coupé là ! ». Ce n’est que lorsque celle-ci se met à dormir que tout nous est montré. La scène du ravissement par le dragon.

Erreur stratégique selon moi. Ce qui a pour conséquence de fragiliser le récit, son rythme. D’autant que ce moment est le plus beau du film. Exit cette caméra un peu tremblotante pour des plans plus larges en extérieur. Pour un dragon dans toute sa splendeur. Et, son arrivée majestueuse bien « inquiétante ».

Il y a aussi je le disais plus haut cette caméra qui parfois part dans tous les sens quand il s’agit d’évoquer la venue du monstre. Ça m’a fait penser à ces telenovelas indiennes avec ses effets comme un flash d’appareil photo ou un éclair avec la musique dramatique qui va avec. Idem pour la transformation. Le bruitage, la gestuelle, les effets spéciaux sonnent faux. Parfois même, en dirait que c’est fait exprès telle une parodie.

L’autre souci c’est l’emprunt de tout ce qui a déjà été. Tantôt La belle et la bête, tantôt Tarzan. De sorte que le film peine à se démarquer, à trouver sa propre identité dans une registre maintes fois exploré et éprouvé. Il y a aussi cette tendance assez courue là aussi de délaisser le fantastique en cours de route pour de la romance. Ce qui en soi n’est pas bien grave du moins si ça n’en devient pas niais.

Malgré tout, les dernières trente minutes du film retrouve les heures glorieuses du début avec une certaine intensité. Celle qui avait manqué, celle qu’on attendait. Sans doute due aussi à une VF sacrifiée tout comme la traduction bâclée. Reste que le narrateur armé de ses marionnettes séduit de par cette histoire – la sienne – aux allures de conte de fée.

 

* Miss Sloane de John Madden.

Elizabeth Sloane est une femme d’influence brillante et sans scrupules qui opère dans les coulisses de Washington. Face au plus grand défi de sa carrière, elle va redoubler de manigances et manipulations pour atteindre une victoire qui pourrait s’avérer éclatante. Mais les méthodes dont elle use pour parvenir à ses fins menacent à la fois sa carrière et ses proches. Miss Sloane pourrait bien avoir enfin trouvé un adversaire à sa taille.

Un film un peu déstabilisant au départ. De par son débit impressionnant, rapide. De quoi nous rappeler la filmographie de Aaron Sorkin ne serait-ce Social Network ou encore les couloirs de A la maison blanche.

Une caméra hyperactive donc tout comme le casting survolté. Toujours en mouvement, toujours en train de marcher et de parler. Ce qui fait qu’on ne s’ennuie presque jamais malgré quelques longueurs ici et là. Non presque on ne voit pas le temps passé.

Grâce à la grâce de la talentueuse Jessica Chastain. Une Miss Sloane tout en dualité. Cynique et un brin désabusée par un système qui a fait d’elle ce qu’elle est aujourd’hui. Qui l’a mené aux sommets,  à la réussite oui mais à quel prix ?

On pourrait croire que c’est l’argent qui la motive mais elle n’a pas le temps d’en profiter. Alors, qu’est-ce que c’est ? Le challenge, l’adrénaline. L’envie de gagner. Au détriment de sa santé, de sa vie sociale. Elle qui a toujours un coup d’avance, qui calcule tout peine à donner sa confiance à ceux qui l’entourent. Le projet Harris pourrait tout remettre en cause. Ses priorités, ses convictions. Parce que oui elle fascine et séduit mais pour combien de temps encore ?

Le personnage de Mark Strong est peut-être celui qui la ramène sur la voix de la raison. La voix de la conscience, de l’éthique. Le garde fou. Un des rares sans doute à poser les bonnes questions et à dire ce qu’il faut. Tantôt une figure paternelle tantôt l’ami (amant?) platonique. Et, Greg dont l’univers repose là aussi sur le paraitre et le mensonge mais a gardé une naïveté et une fidélité touchantes. Décelant aussi chez Miss Sloane une Madeline cachée, inconnue au bataillon.

Un film qui n’est pas sans rappeler House of Cards. Les coulisses du pouvoir où tout le monde est potentiellement le pion d’un autre. Dans une Amérique où la langue de bois est un sport national. Pays où les godemichés sont interdit dans certains états mais pas la vente d’armes. Tout est dit.

* Mary de Marc Webb.

Un homme se bat pour obtenir la garde de sa nièce, qui témoigne d’un don hors du commun pour les mathématiques.

J’ai repensé après coup à cet interview sur Chris Evans que j’avais lu quelque part. Le journaliste parlait de quelqu’un de très simple. Un acteur et un homme qui avait envie de plus en plus de se poser. De moins voyager et de fonder une famille.

J’ai repensé aussi aux rumeurs circulant comme quoi Captain America allait se sacrifier pour sauver la famille Avengers dans le dernier opus. Souhait exprimé par l’acteur désirant s’investir dans d’autres projets. Et pour d’autres films en tant que réalisateur. Et pour en revenir au héros apparaissant dans le dernier trailer en date avec une barbe et des cheveux longs. Plus grave, plus mature. L’annonce d’un changement aussi bien à l’écran que derrière ? Ça se pourrait bien et c’est tant mieux. Parce que l’acteur a fait du chemin depuis Sex Academy et cette inoubliable scène du banana-split.

Ce tournant, on le sent aussi dans ce film. Que le comédien a envie, besoin d’autres choses. Comme raccrocher un costume qui lui colle à la peau depuis trop longtemps par exemple. Et, ça lui va comme un gant. La nouveauté, la paternité. Être capable de faire évoluer son jeu pour d’autres projets plus personnels plus risqués. Et, ça va payer j’en suis persuadée.

A l’instar de celle qui partage avec lui l’écran, Mckenna Grace. Petite mais déjà l’étoffe d’une grande. Il est sûr qu’on a pas fini d’entendre parler d’elle. Une belle complicité avec son partenaire à l’écran. Entre rire, tendresse et incompréhension mutuelle. Parfois, un oncle et une nièce. Le plus souvent, un père et son enfant. Je me répète sûrement mais la paternité lui va à ravir. Même s’il se cherche même s’il doute. Il n’y a pas de parents parfaits de toute façon juste la volonté de vouloir bien faire. Et la plupart du temps, c’est suffisant. Waouh, quelle intensité cette scène à l’hôpital !

Une famille qui ne serait pas ce qu’elle sans le concours de la trop rare Octavia Spencer. La voisine d’à côté, l’amie. La mère aussi. Pourtant, elle n’a pas son mot à dire dans l’avenir de Mary. Alors que la famille ce n’est pas toujours une question de gêne, d’ADN  ; et encore moins, de mathématiques.

La famille c’est celle qu’on se choisit. Un chat – Fred- pourvu d’un seul œil et féroce adepte de balles de ping-pong. Ou encore une institutrice investie dans sa classe comme à l’extérieur. Le fantôme d’une mère génie des mathématiques mais malheureuse de son vivant. Sa plus grande découverte sans nul doute est que la vie est ailleurs. En elle et en dehors.

 

* Le livre de Henry de Colin Trevorrow.

L’histoire concerne un garçon précoce, Henry et son petit frère, Peter, élevés par leur mère célibataire, Susan . Henry est amoureux de leur voisine Christina, la fille d’un commissaire de police. Pour protéger Christina de son père qui l’a bat, Henry élabore un plan pour la sauver qu’il écrit dans un livre. La mère de Henry …

A l’origine, une BA vue et comme souvent, en dévoilant trop. Enfin, c’est ce que je me suis dit. A la lueur de mon visionnage de l’intégralité du film, je vais corriger mon propos. Certes, elle en dévoile pas mal mais pas l’essence même du film. Pire, je l’ai trouvée tapageuse dans le sens où elle le limite dans un registre qui n’est pas le sien. Le thriller.

La première partie – la plus réussie – met en avant une mère et ses deux fils. Pas de papa, pas de mari. Aucune raison évoquée et pas la peine parce que ce trio nous suffit. L’ainé est surdoué tantôt un fils tantôt la figure paternelle pour le petit dernier. Parfois aussi, un mari administratif pour sa maman. Une famille comme on les aime. Drôle,originale, touchante et attachante jusqu’à un drame vienne frapper à leur porte. C’est à ce moment-là que le récit bascule. Une rupture nette avec la légèreté et la musique doucereuse des débuts.

Dés lors, les problèmes s’accumulent. Le rythme, le manque d’explications sur le diagnostic. En deux plans à peine, on passe d’un film familial à un drame. Trop rapide, trop long c’est selon. Et alors, que le spectateur commençait à s’y faire, on bascule de nouveau dans un autre chose. Ce dernier -même s’il a le mérite de ramener à la vie la star du film – n’est pas toujours crédible juste facile. Tout se décide en deux secondes montre en main. Tout est défait en moins de temps qu’il faut pour le dire.

Il n’y a pas de lutte, de scènes de corps à corps habituelles juste l’acceptation, la résignation. Le suspens haletant tant attendu de la BA est aux abonnés absents. Tout rentre dans l’ordre sans que personne n’est due salir ses doigts. Et, on finit sur une note merveilleuse bien entendue où pour la deuxième fois, Naomi Watts tente de rattraper le mal en adoptant. En réécrivant l’histoire.

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