BILAN LIVRESQUE #5

Des lectures adolescentes qui n’ont rien envier aux plus grands ! Mais avant, deux exceptions qui confirment la règle ou la rejettent. Ce fut un phénomène bien étrange d’ailleurs. Avez-vous déjà essayé de lire un roman par sa fin vu que le début ne vous plaisait pas ? C’est ce qui m’est arrivé avec Une vie ailleurs et Maintenant c’est ma vie.

Le premier, j’ai pas pu aller jusqu’au bout ou devrais-je dire plutôt jusqu’au début. L’un comme l’autre ne m’a pas transcendé. J’ai eu beaucoup de mal avec l’héroïne. Pourtant, l’histoire avait du potentiel mais trop souvent le tout virait au sentimentalisme. Quand au second, j’ai réussi à le finir de la fin au commencement. Plus, je reculais moins j’aimais ce que je lisais. Alors que dans les dernières pages, je retrouvais ce qui avait manqué aux premières. De la maturité et de l’émotion.

La faute sans doute à une quatrième de couverture qui une fois de plus chante les louanges. La barre est haute et la déception que plus grande. Ce n’est pas une question de qualité pourtant. L’ensemble est en effet plutôt bien écrit. Mais, le lecteur a l’impression que tout est effleuré : la guerre ainsi que la psychologie des personnages. Trop général pas assez étoffé. On attend aussi le sursaut qui n’arrive jamais. La rupture, le passage à l’âge adulte dans une société une nouvelle fois perdue, déchirée.

Je ne sais pas mais il manquait un truc :  le réveil. Un cap n’est jamais franchi ; et, les intrigues qui s’enchainent d’un mois à l’autre sans indice, sans contexte spatio temporel. Une narratrice aussi toujours à distance des événements, de ses sentiments. Elle peine à nous transmettre ce qu’elle vit ;  à le retranscrire. Elle est une observatrice discrète ou elle omet volontairement. C’est-à-dire presque tout.

De mémoire mais je peux me tromper, c’est la première fois qu’un roman me fait cet effet. En plus, de le lire à l’envers !

*  *  *

Une nouveauté à la médiathèque ;  une nouveauté surtout au rayon adolescent. Assez rare me semble-t-il pour être souligné. Une couverture et un titre qui attirent forcément. En plus, cette histoire nous vient de Norvège. Une premier roman il me semble ;  et, couronné de prix.

C’est fascinant comment certains auteurs osent de plus en plus s’approprier des sujets d’actualité. Il est question ici d’homosexualité. Vu, raconté à travers les yeux d’un garçon, d’un fils. D’autant plus réussi que le narrateur commence sa puberté. Sa quête identitaire avec son lots de déconvenues et de surprises n’est pas des plus évidentes non plus. Sans compter un père qui se découvre un penchant pour le sexe non opposé.

Est-ce le début de la fin pour le père et le fils ? Leur relation sera t-elle à jamais bouleversée ? Rien n’est moins sûr.  Mais, les changements les guette tout deux comme le fait de devoir s’adapter, composer avec cette nouvelle carte.  » Dans le trou du cul du monde  » qui plus est. Mais, les travers des grandes villes et notamment l’hypersexualisation de la télé rodent même à la campagne. Brouillant les frontières ou au contraire en les abolissant.

Mais sans doute que dans un même temps, ces enfants précoces réussiront là où des générations entières avant eux ont échoué. Confrontés plus tôt, à l’homophobie, à la discrimination, ils n’en ressortiront que plus forts. Mais à quel prix peut-être. Et, combien de défis.

18 SUR 20

( LA FACE CACHÉE DE LUNA de Julie Anne Peters )

Waouh ! Combien ce livre a pu changé et changera quelque chose en chacun de nous. Notre regard, notre jugement. J’espère qu’il continuera à faire bouger les choses. Que ça aidera et réconfortera.

Et, faire sentir moins seul. Tous ces garçons et filles qui naissent dans le mauvais corps. Obligés de cacher sa véritable identité ; de se réinventer à la nuit tombée. Loin des regards méprisants, de la haine de gens qui n’ont pas envie de comprendre. Qui n’ont même pas essayé.

DIVERSITÉ ! TOLÉRANCE ! RESPECT !

La transsexualité aussi condamnable que l’homosexualité ? L’amalgame entre les deux est tellement  » facile  » remarquez. Non ce qui fait des dégâts c’est la bêtise, l’ignorance. C’est notre société qui veut ça. Nous y participons activement. A quand tout changer ? Quel magnifique siècle que nous vivons là. Parfois, j’ai le sentiment de retourner 100 ans en arrière.

L’histoire se répète. Nous condamnons, nous blessons, nous tuons. Nous ne garantissons pas le droit de chacun d’être lui même. De vivre en toute sécurité. Être différent c’est cher payé de nos jours. Peut-être que nous devrions développer cette faculté qu’on appelle empathie. Se mettre à la place de l’autre ne serait-ce qu’une journée. Être dans sa peau ; vivre ce qu’il vit. Souffrir à ses côtés. Peut-être que ça changerait tout.

D’avoir mal au point de dire j’arrête. Voilà de quoi nous nous rendons coupables chaque jour. A la télé, dans la rue. Chez soi, à son travail. Comme cette farce ignoble dont Hanouna s’est enorgueilli il n’y a pas si longtemps. Sans doute qu’il se croyait drôle et intéressant. C’est vrai c’est marrant de jouer avec la vie des gens à l’antenne qui plus est. Jusqu’où sommes-nous prêts pour créer de l’audience ? Personne n’a à juger ni à décider de quel côté votre cœur doit pencher. Ni même de qui vous êtes que ce soit à l’extérieur comme à l’intérieur. Pouvoir être qui on est devrait être garanti par la Constitution.

Autre chose qui transparaît dans ce livre, c’est l’égalité des sexes. Rien n’est encore gagné. Non, rien. On est toujours dans ce vieux schéma archaïque où la femme dès qu’elle souhaite retrouver une activité professionnelle, son couple se fissure. Sans compter que par la suite c’est elle qui fait tourner la marmite. Au figuré, j’entends. Parce qu’au propre, pas de problème. C’est à la femme de faire la cuisine de toute façon. L’homme, ça roule des mécaniques ; ça joue du foot et ça répare les bagnoles. Oui, c’est encore comme ça. Et, les filles ça aide leurs mamans. Un point c’est tout !

C’est comme pour tout. C’est un problème de mentalité, d’éducation surtout. Déjà son époque, André Gide disait que l’homosexualité n’est pas contre nature mais contre coutume. Je trouve que ça vaut pour un bon nombre de choses dans notre société. Finalement, la solution est en chacun de nous. Encore faudrait-il le vouloir…

19 SUR 20

( LE BONHEUR DE A à Z de Barry Jonsberg )

«  Je veux partir à la poursuite du bonheur. Je veux l’attraper, le retenir par le col de ma chemise et le tirer de force jusqu’à moi. Je ne sais pas très bien m’y prendre. Mais, je suis déterminée à essayer « . Moi aussi, je veux. Et vous aussi, vous voudrez après l’avoir lu. Et, je pourrai m’arrêter là dans ma chronique.

Mais, vous me connaissez depuis assez longtemps pour savoir que je peine à me contenter de quelques lignes pour délivrer mon ressenti. Pas vraiment le genre de la maison non. J’ai aimé chaque page, chaque personnage. Du début à la fin.

Candice, pour commencer. Elle prend tout au premier degré ; et, ne sait pas mentir. Aucun filtre oui. Pas plus d’amis mais une envie de vivre contagieuse. Et, de l’humour à revendre même si elle l’ignore.

Elle croit, elle a la foi. Elle est persuadée qu’elle peut sauver le mariage de ses parents. De faire en sorte que tout redevienne comme avant. Alors, elle vient en aide. Et puis, il y a Douglas. Il devrait avoir plus de Douglas et de Candice dans le monde. C’est le nouveau venu. Aussi étrange que la jeune fille si ce n’est plus. En fait, il prétend que ses parents sont des facs similés des vrais. Fantaisie ou réalité ?

Candice veille au grain quand même sur les siens. Pas une adulte encore mais plus une enfant non plus. Un entre-deux satisfaisant pour le moment. Se posant des tas de questions avec une maturité grandissante et attendrissante. Croire c’est déjà pouvoir ! L’essayer c’est l’adopter définitivement.

Le bonheur de A à Z est un roman, tendre et touchant sur l’enfance, l’amitié et la famille. L’alphabet tout entier y passe ; des blessures à la guérison. Aux rêves déchus à la résilience. A lire sans modération !

20 SUR 20

( TOUTES CES CHOSES QUI NOUS ÉCHAPPENT de Wendy Wunder )

Le meilleur pour la fin. Une histoire dont on n’en sort pas indemne. Une écriture qui vous habite même une fois le livre fermé. Un style qui rappelle un peu John Green mais qui revêt une dimension plus mature plus existentielle aussi. Bref, un bouquin que tu n’as jamais envie de lâcher. Trop rare aussi dans le parcours d’un lecteur.

J’ai aimé chaque mot. Le vague à l’âme qui s’en dégage. Celui de la désillusion. D’une ville que l’on a oublié voir condamné. Chacun y tente de survivre, de cohabiter avec les déboires, les rêves brisés des uns et des autres.

Pas facile de tenir la tête hors de l’eau ( ou plutôt hors du lac ) quand votre père dilapide toutes vos économies pour étancher sa soif d’alcoolique ;  et, éponger ses dettes astronomiques. Pas facile de voir le bout du tunnel quand la folie vous guette et que papa est parti. Pas facile de voir le verre à moitié plein quand les cours s’envolent un par un faute de budget suffisant.

Pas des mauvais bougres en plus ces enfants adultes. Certains se battent pour les droits des homosexuels ; d’autres apprennent à un petit garçon autiste les sentiments humains à travers des expositions hebdomadaires. Une institutrice tentant par tous les moyens de mobiliser élèves, parents et représentants. Et enfin, deux meilleures amies squattant le grenier d’une école privée. Pas pour se droguer ni flirter non juste pour apprendre l’espagnol et l’algèbre. De modestes espérances animent l’une tandis que l’autre n’y croit plus.

C’est dur de croire encore quand on a été maintes fois fourvoyé. Et puis, à quoi bon espérer quand la vie te prouve à de multiples reprises qu’il n’y a rien de bon à faire confiance. Aux gens, à la vie. Que s’ouvrir au monde c’est s’y risquer. Synonyme de déception, de perte et d’abandon. Et si, nous partions ? Loin de cette ville maudite. Ici et maintenant ? Tu me suivrais ? Oh oui.

Alors, Hannah et Zoé vont sur les routes à l’instar d’un Chris ou d’un Jack Kerouac. Il n’y a que là sur la route qu’on se sent vraiment libre. A la clé, toujours des rencontres. On s’émancipe, on se donne du courage et on apprend. Jusqu’au dernier acte.

( EXTRAIT )

20 SUR 20

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