BILAN LIVRESQUE #3

Une situation légèrement délicate de Mark Haddon.

J’ai une question pour vous: est-ce que vous pensez que les journalistes dont les critiques apparaissant sur les quatrièmes de couverture lisent vraiment les romans qu’ils reçoivent? J’ai de sérieux doutes sur la question. Ici plus que jamais d’ailleurs.

L’un deux signe ceci:  » Une tranche de vie domestique britannique à hurler de rire ». C’est pas tant le début de l’affirmation qui me dérange mais plutôt sa fin. Certes, le registre comique est présent. En même temps, dans un roman anglais comment y échapper? Humour pince sans rire oblige.

Plus j’avançais dans ce livre plus je m’enfonçais moi aussi dans la dépression de Georges. Ce dernier me rappelant deux personnes de ma vie doués pour déprimer même le plus heureux. Hypocondriaques et excessifs à souhait. Alors, forcément le côté à hurler de rire j’avais tendance à l’occulter.

Il songea qu’être quelqu’un de bien comportait deux volets. L’un consistait à penser aux autres. L’autre à se foutre complètement de ce que les autres pensaient.

En ce sens, je trouve que ce n’est pas une histoire facile ni tendre. Il y a bien une fausse légèreté qui plane mais tout est grave finalement. Et ce, pour chacun des personnages. Et, ce n’était pas forcément ce que j’étais venue trouver non plus.

Par certains côtés, ça m’a fait penser à Nous de David Nicholls. La crise de tous les âges; du couple et du mariage. L’usure du temps, des relations; et le temps qui passe inexorablement. Le temps des regrets aussi.

L’auteur livre un portrait tantôt cruel tantôt touchant de la vieillesse; son lot de tourments et de paranoïa. La peur de mourir qui se fait plus présente; poussée par des extrêmes et des contradictions. Celle de se croire mourant et pourtant, refuser de se soigner. Sombrer dans la dépression peu à peu. Se mentir à soi autant qu’à ceux qui nous entoure. Leur faire du mal autant qu’à soi-même.

Le secret était peut-être d’arrêter de chercher un pâturage où l’herbe soit plus verte. Le secret était peut-être de tirer le meilleur parti de ce qu’on avait.

Les regrets également se font plus insistants comme ne pas avoir assez voyagé. Plus grave encore, ne pas avoir assez ni bien aimé. Ne pas l’avoir montré pour rester la forteresse imprenable qu’on s’était juré d’être toute sa vie. C’est ne pas donner aux autres l’occasion de nous connaître comme ils le devraient. Leur enlever aussi la possibilité de nous aider.

C’est la peur de (re)faire des erreurs; de se tromper encore une fois. Ne pas vouloir grandir aussi quelque part. Rester le prisonnier de sa zone de confort. C’est rester là où on est toujours allé. Faire comme on a toujours fait jusqu’à ce qu’on ne puisse plus.

Sans doute que chaque lecteur ( en puissance) que nous sommes, se reconnaîtra dans ces parcours de vie tantôt hauts en couleur tantôt sombres. Peut-être que vous vous y verrez ou/et l’un de vos proches. Le meilleur comme le pire.

16 SUR 20

 

 

Le club Jane Austen de Karen Joy Fowler.

J’avais pas prévu de le prendre pour la simple et bonne raison que j’ignorais tout de son existence. Je suis tombée dessus complétement au hasard au détour d’un rayon de médiathèque. Non seulement le titre m’a plu mais la devanture également.

Je ne sais pas pourquoi mais celle-ci m’a fait croire que l’histoire se déroulait dans la campagne anglaise. Autour d’une bonne tasse de thé pourquoi pas au citron agrémenté de quelques gouttes de lait; et accompagnés de biscuits typiquement anglais. J’ai du me rendre à l’évidence au cours de ma lecture cependant. L’histoire se déroule en Californie plus exactement à Sacramento.

Passée ma surprise initiale, je me suis laissée emporter par le club de Jane Austen. Dés lors que fut prononcé:  » Chacun de nous possède sa propre Jane Austen »; je fus conquise. Un roman qui célèbre le plaisir de la lecture, et de la célèbre auteure anglaise. De quoi donner envie de découvrir ou de redécouvrir l’ensemble de son œuvre.

On n’est pas plus raisonnable quand on cesse d’aimer que lorsqu’on commence.

Mais pas que. Comme l’annonce la quatrième de couverture: « Les membres du club ( et nous, par la même occasion) vont découvrir que la plus belle fiction est la plus ordinaire des vies ». Comme bon nombre de lecteurs, la fiction inspire la réalité et lui ressemble. Sylvia, Jocelyn, Gwigg, Prudie, Bernadette et Allegra vont trouver dans les livres étudiés, dans les personnages de Jane Austen leurs propres résonances, questionnements et manquements. Comme un écho venu de loi, d’un certain passé.

Sans doute que les temps ont changé mais pas tant que ça. Que depuis la nuit des temps, les questionnements de tout à chacun sont les mêmes. Que la vie elle-même est un roman comportant un début, un milieu puis une fin. Des intrigues majeures, des accords mineurs ou secondaires saupoudrés d’un peu de mystère, d’incompréhension mutuelle et d’attentes diverses.

C’est peut-être ça le grand secret, le grand pouvoir de Jane Austen. D’avoir trouvé, transfiguré le banal l’ordinaire en faisant de lui quelque chose d’indémodable, de profondément indélébile et humain.

Ce qui est extraordinaire, c’est la solidité de l’écrit. On peut changer soi-même, et lire de manière tout à fait différente, mais le livre demeure ce qu’il est.

Les + : La réaction des proches de Jane Austen sur ses ouvrages.

Les critiques d’autres écrivains et personnalités.

Les questions des propres personnages du Club de Jane Austen. De quoi peut-être lancer votre propre club de lecture.

RMQ: Je viens de voir qu’il existe une adaptation cinématographique. Beau casting en plus.

Lire un extrait: ici

18 SUR 20

 

 

 

Le bizarre incident du chien pendant la nuit de Mark Haddon.

Je vous avouerai que c’est la couverture qui m’a tout de suite plu. Plus un titre à rallonge plus le fait que Brad Pitt aurait acheté les droits du roman en vue d’une adaptation cinématographique. Forcément, je me suis dit qu’il y avait là certainement matière à entreprendre.

Tout au long de ma lecture, le héros m’a fait penser à quelqu’un. Un autre garçon un peu du même âge mais impossible de mettre un nom dessus. C’est presque à la fin de l’ouvrage que ça m’est revenu. Oskar Schell de l’émouvant Extrêmement fort et incroyablement près. Deux jeunes garçons aux tendances autistiques voyant leurs habitudes, leur train-train quotidien bouleverser par un événement dramatique.

Je trouve que les nombres premiers sont comme la vie. Ils sont tout à fait logiques, mais il est impossible d’en trouver les règles, même si on consacre tout son temps à y réfléchir.

L’un voit son père disparaître dans les ruines du Wall Trade Center tandis que l’autre retrouve le chien de sa voisine avec une fourche en pleine poitrine. A partir de là, plus rien ne sera comme avant. Entraînant avec eux, dans leurs aventures et découvertes, un lecteur plus que conquis plus qu’ému par la force de caractère qui les anime. Plus prompts que les adultes peut-être à aller à la conquête de la vérité qu’importe son prix.

A d’autres moments, je me serai cru de nouveau dans le théorème des Katherine. Graphiques, problèmes mathématiques obligent. Bien qu’ici, l’ensemble soit moins prétentieux que ceux de Colin alias filet de colin pour les intimes. Ils sont plutôt rares et soigneusement contrôlés par Siobhan, son institutrice. Remercions-là! Dommage cependant qu’elle ne soit pas intervenue au moment où Christopher parle des raisons de son dégoût du mais. Croyez-moi, je ne regarderai plus le mais du même œil lol!

Père a dit :《 Christopher, est-ce que tu comprends que je t’aime ?》
J’ai dit : 《 Oui 》, parce que aimer quelqu’un, c’est l’aider quand il a des ennuis, c’est s’ occuper de lui et lui dire la vérité, et Père s’ occupe de moi quand j’ai des ennuis, par exemple quand il vient me chercher au commissariat, il s’ occupe de moi en me faisant à manger et il me dit toujours la vérité, ce qui veut dire qu’il m’aime.

Ce roman passe comme une lettre à la poste. Tantôt avec rire tantôt avec émotion; et parfois, les deux en même temps. Le tout traité comme un journal intime permettant ainsi de voir le monde comme le perçoit et le vit un autiste. Qu’est-ce que l’autisme ou tout du moins les mécanismes de défense entrepris par Chris pour faire face au monde qui l’entoure.

Le lien entre le père et le fils n’en est que plus tendre, éloquent mais parfois aussi, ténu et fragile. De combien aussi peut-être nous les adultes, nous manquons à notre devoir, à nos promesses. De comment nous nous compromettons devant nos enfants. Il arrive des instants où nous sommes à deux doigts de les perdre parce que nous nous croyons meilleurs plus adultes qu’eux alors qu’il n’en est rien.

RMQ: Le livre fut adapté en pièce de théâtre. Si vous êtes sur Paris en mai, profitez-en !

18,5 SUR 20

Homme parfait, relation imparfaite de Jill Mansell.

Le  plus estival, le plus léger de cette sélection. Exactement ce que je cherchais entre deux lectures plus prenantes. J’aurai aimé quelque chose quand même de moins entendu. Mais soyons honnêtes, c’est pas pour la fin courue d’avance qu’on lit ce genre de romans mais pour la traversée. Vaille que vaille!

Ma lecture fut tantôt plaisante tantôt agaçante. La faute sans doute à des enfants trop exigeants et des parents qui face à eux n’en mènent pas larges. Depuis quand, ce sont eux qui décident de qui vous devez fréquenter? Mais bon, je suis pas maman alors il se peut que j’y connaisse rien.

Toute ma vie j’ai détesté les trucs techniques, quels qu’ils soient. Toutes les machines me donnent des boutons. J’ignore comment fonctionne ma voiture et je ne sais pas comment fait un avion pour tenir en l’air. Ce n’est pas un problème, parce qu’il y a des garagistes et des pilotes qui savent, eux. Avec les ordinateurs, c’est la même chose.

Quand même, aller raconter à sa maîtresse d’école que votre petit ami du moment est de la pire espèce quitte à alarmer les services sociaux faut le faire! Et cerise sur le gâteau, maman passe dessus sans protester. Ouais, quelle autorité hein!

Et puis, il y a cette fâcheuse tendance dès lors qu’un triangle amoureux se dessine de dénigrer l’un des deux soupirants. Bien sûr, pour laisser le champs libre à l’autre. Surtout qu’en moins deux, l’affaire est réglée. L’adorable X devient le drogué X. Et même là, les enfants de Y continuent de faire la fine bouche.

Il y a l’autre femme de ce roman ( je préserve un peu du suspens!). La baby sitter à tout faire de son idiot d’ex-mari. Dévouée corps et âme à sa fille qu’elle n’a jamais eu avec lui. Quand, ça leur arrange c’est-à-dire trop souvent si vous voulez mon avis. La bonne poire prend son mal en patience quitte à mettre sa vie amoureuse ( ou tout court) entre parenthèse. Il y a aussi la belle mère qui sort avec Don Juan et en devient une elle-même. Un autre chassé-croisé s’organise alors.

Le temps passe, comme tu sais…On n’est pas éternels. J’ai eu envie de retrouver les gens de mon passé, de savoir ce qu’étaient devenus mes amis.

Et que dire, du pauvre et patient Tyler. Y a que dans les films et dans les romans qu’un mec comme ça prend pas ses clics et ses claques. D’ailleurs, y a que dans ce genre d’histoires où dans une petite bourgade anglaise, les hommes se bousculent au portillon non?!

Bon, je dis ça mais je dis rien. J’ai pas mal aimé dans l’ensemble. Quoique trop long parfois ou à contrario trop rapide. C’était selon. Un lecture sympathique parfaite pour une pause entre deux ouvrages plus conséquents.

13,5 SUR 20

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