BILAN LIVRESQUE #2

 » Femme..je vous aime..j’en connais pas de facile …. ». J’avais envie de cette entrée en matière car c’est ce que cette sélection m’inspire après coup. Des femmes tantôt fragiles tantôt fortes; en recherche en quête. Celles qui n’en sont pas encore comme Rachel mais toujours du caractère.  Ses mères qui nous portent qui nous protègent. Et, qui font de même avec leurs maris. Quand prennent-elles le temps de penser à elle? S’y autorisent-elles? Et plus important encore, que ferions-nous sans elle?

Mais, je dois avouer qu’il y a peut-être une exception dans cette sélection: Le pont des soupirs. Bien qu’il y a d’extraordinaires parcours de femmes là aussi il s’agit surtout de père, de maris et d’hommes. De bons comme Big Lynch et son fils. Sensibles comme le cœur d’une femme; et toujours là. Alors oui les hommes, nous vous aimons aussi !

*  *  *

Résumé : Wendy, treize ans, vit à Brooklyn. Le 11 septembre 2001, son monde est complètement chamboulé : sa mère part travailler et ne revient pas. L’espoir s’amenuise jour après jour et, à mesure que les affichettes DISPARUE se décollent, fait place à la sidération. Le lecteur suit la lente et terrible prise de conscience de Wendy et de sa famille, ainsi que leurs tentatives pour continuer à vivre.
Le chemin de la jeune fille la mène bientôt en Californie chez son père biologique qu’elle connaît à peine – et idéalise. Son beau-père et son petit frère la laissent partir le cœur lourd, mais avec l’espoir que cette expérience lui sera salutaire. Assaillie par les souvenirs, Wendy est tiraillée entre cette vie inédite et son foyer new-yorkais qui lui manque.

Auteure que j’ai découverte il n’y a pas si longtemps. Un an ou deux peut-être et complétement par hasard. Un long week-end fut une révélation exacerbée par sa brillante transposition sur grand écran par Kate Winslet et Josh Brolin dans les rôles titres.

On retrouve ici les thèmes chers à l’auteure comme la fin de l’enfance dans des circonstances peu ordinaires peu communes voir dramatiques. Mais il y a toujours de la lumière, de l’espoir dans la plume de Joyce Maynard. Des événements de la vie qui font que malgré tout et envers contre tout, on s’en sort tant bien que mal. Grâce au temps, aux rencontres rythmant le passage de l’adolescence vers l’âge adulte. De ceux aussi qu’on a perdu.

J’aime beaucoup cette idée de la résilience notamment lorsque celle-ci survient chez les plus jeunes. Et encore plus, ces destins de petites gens qui se croisent et s’entrechoquent la plupart du temps pour le meilleur. Une existence où chaque chose chaque être qu’on croit acquis est mise à mal dans une société de plus en plus désabusée et en mal être croissant. La vraie vie quoi.

D’autant que l’histoire de Wendy s’inscrit dans un contexte post 11 septembre. Ce qui n’est pas sans rappeler d’ailleurs celle de Oskar dans Extrêmement fort et incroyablement près. Une ressemblance frappante entre les deux protagonistes mais des enjeux familiaux d’une toute autre nature pour la jeune femme en devenir.

Peut-être aussi qu’au delà du poids de la société, un autre se dessine: celui de l’héritage familial. Une volonté farouche de se distinguer de ses parents; de faire mieux ou différemment comme le père de Wendy, Garett. Pourtant, comme qui dirait D.H. Lawrence parfois en voulait faire mieux on réussit juste à faire pire.

Difficile sans doute dans ce monde fous. Où les rêves, les espérances de chacun se heurtent à ceux qui nous entourent. Leur folie, leur égoïsme, leur propre caractère et leurs propres espoirs. Pour une fois, « lumineux » n’est pas exagéré. A lire sans modération.

Lire un extrait: Les règles d’usage de Joyce Maynard.

19,5 sur 20

Résumé: Entourée de jeunes hommes qui pourraient demander sa main, l’héroïne tarde pourtant à trouver un mari car elle rêve de l’amour idéal. À trente ans, elle est déjà considérée une vieille fille par les siens, dans une Sardaigne qui connaît les affres de la Seconde Guerre mondiale… Et lorsqu’elle conclut une union très attendue, c’est en affirmant haut et fort que ce n’est pas par amour mais par raison. Comme son unique enfant, l’amour se fera attendre. Elle finira par le rencontrer sur le Continent, lors d’une cure thermale destinée à guérir son «mal de pierres», des calculs rénaux, mais qui aura raison aussi de son «mal d’amour». À sa petite-fille, elle racontera quelques décennies plus tard ses émotions, ses cheminements, tout en laissant des zones d’ombres. La vérité ne se recomposera que longtemps plus tard, de façon inattendue, lorsque la dernière pièce du puzzle se retrouvera entre les mains de la narratrice.

 » Jeune Sarde étrange […] toujours en décalage, toujours à contretemps, toujours à côté de sa propre vie ». En lisant ces mots, j’ai eu l’impression qu’ils étaient pour moi. Pour peu, pour beaucoup.

C’est un roman plutôt court, très poétique aussi quelque part; ne serait-ce que dans la façon d’écrire. L’histoire comporte également un côté oral ou comme d’autres l’ont fait remarqué, quelque chose emprunté au conte. Une histoire qui traverserait les âges; une de ces légendes contemporaines qu’on se raconte au coin d’un feu ou au détour d’une confidence.

Je n’ai pas été surprise par le dénouement car je m’y attendais. Il faut dire que les critiques présentes sur la quatrième de couverture laissent peu de place au doute. C’est l’histoire d’une femme ou bien de tous les femmes. Des mères, des grands-mères, des filles…etc. De celles qui aiment envers et malgré tout; qui se perdent et souffrent mais avançant malgré tout.

Impossible de ne pas s’y reconnaître. On aime avec elle; on souffre avec elle. On la croit et on la suit jusqu’au bout dans le fracas de son existence. Les hommes ne sont pas en reste comme son mari ou le rescapé. Eux aussi ont leurs propres doutes; leurs propres égarements et solitudes. Dans leur méconnaissance de l’autre; dans son approximation ou sa justesse.

Mal de Pierres donne l’impression d’être hors du temps et anonyme. Dans cette façon qu’a la narratrice de n’appeler les figures de son enfance que par leurs liens familiaux qui les unissent. Sans jamais utiliser leurs prénoms. Peut-être, une façon pour l’auteure de nous dire que c’est nous. Nos propres douleurs, nos propres erreurs qui défilent page après page.

Lire un extrait: Mal de pierres de Milena Agus.

Les plus: En 2016, la réalisatrice Nicole Garcia a adapté le film. Marion Cotillard campe le rôle Gabrielle; Louis Garrel celui du rescapé. TRAILER .

19 SUR 20

Résumé: Juin 1979, Californie du Nord. Rachel, 13 ans, et sa soeur Patty, 11 ans, sont délaissées par leurs parents : une mère souvent absente et un père volage. Leur quotidien ennuyeux est soudain interrompu par une affaire de meurtre en série que leur père, l’inspecteur Torricelli, est chargé de résoudre. Trente ans plus tard, Rachel, devenue romancière, raconte l’été qui a bouleversé leur vie.

Oui, encore! Quand on aime, on ne compte pas.  Joyce Maynard n’a de cesse de me surprendre et de me subjuguer. Elle connaît son sujet par cœur pour avoir été elle même une adolescente un jour puis pour en avoir élever trois. Une enfance peu commune sur la route et/ou à l’ancienne. Voilà sans doute ce qui a nourri son écriture, son imaginaire.

Comme son héroïne,  Rachel treize ans qui accompagnée de sa petite sœur Parry, arpentent les montagnes californiennes en quête d’elles mêmes et de frissons. S’éduquant toutes seules; laissées presque à l’abandon par une mère dépressive et un père trop occupé à chasser les méchants et ses propres démons.

Mais, replaçons le contexte. Été 1979; autre monde, autre époque. Les parents n’avaient peut-être pas encore assez peur. Alors, les portes des maisons restaient ouvertes; tout le monde connaissaient encore tout le monde. Enfin presque. On laissait aux enfants l’opportunité de se découvrir et découvrir le monde par eux-mêmes. A leurs risques et périls bien que ceux-ci se résument à quelques égratignures et frayeurs innocentes. Et, d’une grande insouciance. N’est-ce pas là toute bonne enfance qui se respecte?

Comme le dit si bien la quatrième de couverture ( oui, ça arrive qu’elles ne mentent pas de temps en temps),  » l’homme de la montagne est un hymne magnifique à l’adolescence, à ses outrances et à ses rêves « . Bien qu’on retrouve ce roman bien souvent et sans doute à tord au rayon policier. Je crois qu’avant tout c’est une histoire de passage, de ses tourments et désenchantements. Comme si tout perdait de sa substance, de sa saveur à ce moment-là.

Surtout pour Rachel qui en paie le prix fort pour l’atteindre. Cet instant à la fois si attendu si redouté; et qu’une fois arrivé, on voudrait juste retourner en arrière. Ne pas finir son enfance mais la commencer. Retrouver son innocence et le monde tel qu’on l’avait désiré, imaginé.

Joyce Maynard réussit ici à capter une fois de plus l’esprit d’une époque; et immortaliser les derniers mois d’une adolescence en crise émotionnelle et familiale. Dans une société qui peu à peu perd ses marques et confiance.

Lire un extrait: L’homme de la montagne de Joyce Maynard.

18,5 SUR 20

Résumé: Louis C. Lynch, dit Lucy, a toujours vécu à Thomaston, une petite bourgade proche de New York. D’un père optimiste et d’une mère tyrannique, il a hérité un  » empire  » de petits commerces, qu’il s’apprête à léguer à son fils unique. Tandis que sa femme Sarah prépare leur premier vrai voyage, un séjour à Venise où ils espèrent retrouver leur plus vieil ami, Bobby Marconi, devenu un peintre de renom, Lucy met la dernière touche à l’histoire de sa vie. Une existence marquée par un drame d’enfance qui le hante encore.

Richard Russo fait partie de ces auteurs américains dont je ne me lasse pas. Par certains côtés, il me rappelle John Irving ainsi que Stephen King. Tous trois ayant une prédilection pour les petites villes – souvent le Maine – et les petites gens. Se postant à la fois comme des amoureux de leur patrie mais aussi des critiques vis à vis de celle-ci.

Cet auteur est un peu méconnu me semble-t-il en France. Pourtant, il y a fort à parier que les rayons de la médiathèque de votre commune contiennent ses ouvrages. En tout cas, n’hésitez pas! Si j’avais un conseil, commencez par son excellent Le déclin de l’empire Whiting. A enchainer avec son adaptation avec en autre chose Ed Harris et Paul Newman. Un bijou!

Une fois n’est pas coutume, il est encore question de famille, de couple et de cœur; et sans nul possible, du rêve américain. De ses mirages comme ses promesses réalisées ou pas. Les grandes espérances qui habitent chaque petite ville, chaque vie qui la compose L’exigence que ça demande; ses compromis. La patience aussi; et parfois, l’échec aussi malheureusement.

Plus que tout, nos réussites quoiqu’on en dise dépendent de la famille qu’on s’est choisie ou non; de l’environnement dans lequel on a grandi. Ceux bien nantis continueront de l’être; d’autres privés de cette chance se sentiront pousser des ailes quand même. Et toujours, deux amours qui s’affrontent: celui de la raison contre celui de la passion.

Mais, même heureux on peut être prisonnier. D’un certain confort, d’un héritage transmis de génération en génération; de l’habitude tout simplement. Prisonnier d’une routine bien huilée qui ne va pas au delà de sa fenêtre ni de ses œillères.

Peut-être parce que depuis toujours, l’homme se perd et se ment dans les méandres de son existence. Sans doute qu’il n’a jamais été simple de trouver sa place, sa voie et sa famille dans un monde constamment en mutation. Surtout dans une Amérique où la lutte des classes sévit plus que jamais tout comme la question raciale. On se toise et s’affronte pour avoir son petit bout de paradis. Là où déjà se dessinent les prémices d’une autre Amérique ou la même finalement. Contradictoire, discriminatoire et pudibonde.

18 SUR 20

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