LE SECRET DE LA MANUFACTURE DE CHAUSSETTES INUSABLES

De : Annie Barrows.

Résumé: Macédonia, été 1938. Layla Beck est envoyée par son agence écrire l’histoire de cette petite ville. Elle s’installe chez les Romeyn, anciens propriétaires d’une fabrique de chaussettes, ruinés par un mystérieux incendie. Willa Romeyn, âgée de 12 ans, décide d’enquêter sur les secrets qui cernent sa famille. A force de questions, Layla et Willa bouleversent le fragile équilibre de la communauté.

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Un titre à rallonge et une couverture comme je les aime. Et, un résumé qui n’était pas en reste lui non plus.

C’est aussi un livre que j’ai du courir après. Car difficile à trouver; et paradoxalement, une fois que je l’ai eu en ma possession il est resté au fond de ma valise dix-huit jours durant. Ce n’est qu’une fois rentrée chez moi à la Réunion que nous avons fait connaissance lui et moi. Il n’est jamais trop tard pour bien faire me direz-vous.

Je vais commencer par ce qui m’a moins plu car la fin fut moins réussie que le début. Et comme ça, je terminerai cette chronique sur une note plus positive.

Chacun de nous voit une histoire donnée à travers le prisme de sa propre subjectivité. Nous sommes incapables de nous montrer objectifs

Avec le recul, je trouve le roman trop long. Et pourtant, les 696 pages ne m’ont pas fait peur bien au contraire. Ceci dit, je trouve que le roman ne sait pas s’arrêter quand il le faut c’est-à-dire au meilleur de sa forme. J’imagine bien que cela ne doit pas être chose aisée de dire adieu à des personnages qui nous a guidé et habité durant un si long voyage. C’est difficile je pense de trouver la juste mesure, le juste milieu.

Mais parfois, il vaudrait mieux pour ne pas que certains personnages dépérissent en qualité aux yeux du lecteur. Je pense notamment et avant toute chose à ce bon et honnête, Sol. Un brave homme, une bonne poire qui n’aura eu de cesse de courir après l’indécise Jottie. A la fin, il en devient tout mielleux; presque indigne du Sol du début du roman.

Et que dire de sa  » belle » qui ne sait jamais ce qu’elle veut pardonnant plus facilement à ceux qui l’ont fait du mal que ceux qui sont vraiment là pour elle.  Peut-être que Jottie est comme Kerouac; elle préfère les gens qui brûlent.

L’autre point qui m’a un peu dérangé c’est les points de vue adoptés. Interne, pour Willa; externe pour les autres. Ce qui soulève un autre problème: trop de personnages, trop d’intrigues secondaires se greffant à la principale de quoi y perdre le fil parfois. En même temps, c’est aussi une grande richesse permettant ainsi une plus grande objectivité ce panel de protagonistes. Mais encore une fois, ça fait trainer un « suspens » qui n’a aucune raison d’être véritable.

La notion de temps s’estompait, le dimanche ; il s’étirait, telle une longue bande élastique, si bien qu’à deux heures on ne savait plus qu’en faire, tellement il en restait.

En revanche, là où la narration tire son épingle du jeu c’est avec Willa. Une Willa qui n’est pas sans rappeler une certaine Scoutt; et également le Henry de Joyce Maynard dans Un long week-end. Il y a d’ailleurs quelque chose d’assez terrible dans leur histoire respective: d’avoir payer au prix fort leur passage à l’âge adulte.

En effet, le récit commence avec une Willa encore enfant, encore insouciante. Qui fait la maligne et des bêtises comme n’importe quel enfant de son âge. Mais très vite, la jeune fille perçoit la menace que représente Mlle Beck; et celles à venir. Le principal étant de perdre son père; et en général, sa famille.

Son besoin de tout savoir, d’être au cœur des choses et dans la vie de chacun, vont faire d’elle une adulte avant l’heure. Incapable donc de voir le monde, les gens qu’elle aime avec autant de naïveté et d’indulgence qu’auparavant. Et c’est ça qui est le plus intéressant dans ce livre, la perte de l’enfance.

Aussi voir toute l’intrigue à travers ses yeux uniquement aurait été plus agréable aussi bien pour la confort de la lecture que dans son propos. Il y aurait eu ainsi la légèreté de l’enfance confrontée à la gravité du monde adulte. Pas qu’ils ne soient pas présent tout deux mais perdu au fil des narrations, des lettres et des pages. A trop vouloir dire et faire dire, l’auteure s’y perd parfois dans ses intentions. Peut-être qu’il aurait fallu tout mettre au point de vue interne à la limite.

J’ai appris que l’histoire est l’autobiographie de l’historien,qu’ignorer le passé est une attitude imbécile, et que la loyauté ne consiste pas à se mettre dans les rangs, mais au contraire, à s’en écarter pour les êtres qu’on aime.

Maintenant, passons à ce qui fut réussi. Cette œuvre est un savant mélange de Beignets de tomates vertes, de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur et d’Un long week-end. Je revenais à peine de l’Ouest américain que je suis allée directement en son sud. Un été étouffant sous une terrasse protégée d’une moustiquaire à siroter un thé glacé. Assis dans une chaise en rotin peut-être même à bascule.

Enfin bref, de là où j’étais, je me suis prise au jeu assez rapidement. Celui d’observer cette petite ville qu’est Macédonia et ses habitants pour le moins originaux. Le charme d’une petite ville qui se respecte; qui n’est pas sans rappeler Star Hollows après coup d’ailleurs. Où tout le monde connait tout le monde pour le meilleur et le pire. Où les non-dits, les secrets de famille vont bon train jusqu’à ce que la jeune et prude ( et agaçante) Mlle Beck pointe le bout de son nez.

A partir de là, la paisible vie des Macédoniens est compromise. Willa ne peut plus faire la guerre aux Indiens ni prendre plaisir à enterrer vivante sa petite sœur Bird dans le jardin des voisins. Son père Félix est un courant d’air encore plus que d’ordinaire. Jottie, moitié sa tante moitié sa mère de substitution, hésite quant à elle. Et Emmet, son frère est le contraire craché de Félix. Toujours là quand on a besoin de lui et modeste de surcroit. Reste, Minerva et Mae sœurs jumelles qui ne peuvent vivre séparés au grand dam de leurs maris respectifs.

-Oui, juste en étant là. Il y a des gens dont la seule présence dans une pièce vide la transforme en centre du monde.

Une belle brochette de personnages qui m’a faire rire plus d’une fois; et énervé à de rares occasions. Une famille américaine des années 30 dans toute sa splendeur. A se sacrifier quitte à en oublier de vivre et d’aimer. Pour d’autres, ce n’est que penser à soi encore et encore jusqu’à ce que les conséquences de ces actes vous rappellent avec violence à la réalité. Certains, c’est attendre quelqu’un qui ne viendra jamais. Et ma foi pour Mlle Beck, elle se découvrira des talents insoupçonnés.

Ce voyage fut donc fort plaisant et dépaysant quoique bien trop long par moment. Une très bonne histoire qui respire le sud; ses trésors, ses espérances comme ses fardeaux. Du bon comme du mauvais dans un endroit où chacun finalement aspire à trouver sa place et quelqu’un de bien à ses côtés.

17 SUR 20

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