BABY-SITTER OU HÔTESSE DE CAISSE?

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La réponse à mon titre dans les deux chroniques qui suivent!

Résumé: Elle s’appelle Anna, elle a vingt-huit ans, un diplôme universitaire de littérature et huit ans d’expérience derrière une caisse de supermarché. Un métier peu propice aux échanges, ponctué de gestes automatiques…
Anna aurait pu se sentir devenir un robot si elle n’avait eu l’idée de raconter son travail, jour après jour.
Elle vous a vu passer à la caisse. Vous avez été des clients faciles ou des emmerdeurs, riches ou pauvres, complexés de la consommation ou frimeurs. Vous l’avez confondue avec une plante verte ou vous lui avez dit bonjour, vous avez trépigné à l’ouverture du magasin ou avez été l’habitué nonchalant des fermetures. Anna, vous l’avez draguée, méprisée, insultée.
Il ne se passe rien dans la vie d’une caissière ? Maintenant, prenez votre chariot et suivez Anna jusqu’à sa caisse.

Toujours en quête d’une lecture rafraichissante, j’ai opté pour cet ouvrage. Qui au passage se trouvait au rayon sociologie/société de la médiathèque de ma commune.

Je me suis toujours dit que le métier de caissier/caissière n’avait rien de facile. Aussi, j’essaie toujours de faire preuve de patience, d’amabilité et de politesse quand je me retrouve en caisse. Ceci dit, parfois c’est un peu compliqué comme le professionnel qui est devant vous est exécrable. Eh oui, y a pas que les clients qui sont chiants!

C’est d’ailleurs un peu ce que je reproche à ce livre. Il est évident qu’il s’agit ici des tribulations de Anna, employée de caisse; et non les tribulations des clients mais quand même. Je trouve que parfois l’auteure manque d’objectivité, de recul. En même temps, j’ai conscience que je n’ai pas passé huit ans derrière une caisse. Aussi, mon expérience est inexistante dans ce domaine.

Et puis aujourd’hui, il est indispensable d’avoir « la carte ». Plus on en a (peu importe laquelle), plus on sent que la société nous appartient

Ceci dit, j’ai trouvé que le récit avait tendance parfois à prendre la route d’un procès contre les supermarchés. De plus, il y a une volonté inconsciente sans doute de culpabiliser les clients que nous sommes. En tout cas, il m’est arrivé au cours de la lecture de le ressentir ainsi. Comme cette phrase qui revient souvent: » Vous êtes ouverte? » au lieu de dire « Votre caisse est-elle ouverte? ». Je n’ai pas été choquée plus que ça; je veux dire que la personne ne le dit pas volontairement. Faut savoir que le client lui aussi a ses problèmes; et qui sait, un emploi de merde aussi.

En outre, qu’en est-il des bons côtés du métier de caissière que Anna a forcément connu mais qu’elle n’a fait qu’effleurer. Comme ses collègues et amies qui ne sont évoquées que dans quelques lignes. De son salaire qui même s’il n’était pas mirobolant lui a permis de faire face aux dépenses courantes de la vie. On la sent souvent amer de ces huit années; et dans un sens, j’imagine qu’il y avait de quoi mais je ne pense pas qu’il s’agisse uniquement de son métier.

Et, c’est là où je me reconnais dans son parcours justement. D’avoir le sentiment d’avoir été trompée par une société; société qui n’a pas tenu ses promesses. Avoir un bac+5 et ne pas trouver du boulot. Atterrir à une caisse à servir des gens au final aussi désenchantées qu’elle. Une société aussi d’hyper-consommation où tout doit être automatisé, rapide, contrôlé et rentable. Où on peut être éjectable, remplacé à tout moment. Et, c’est cette précarité humaine, sociale et économique qui manquent à certains moments dans l’ouvrage. Ce qui m’emmène à un autre problème du livre: la forme.

« Tu vois, chéri, si tu ne travailles pas bien à l’école, tu deviendras caissière comme la dame. » Tout est dit !!!

Avant de raconter ses péripéties dans un roman, Anna Sam le faisait sur un blog: caissière no futur. C’est d’ailleurs ce qui saute aux yeux dès qu’on commence son adaptation. Les histoires choisies tiennent plus de l’anecdotique que du récit. D’ailleurs, on peut parfois se demander la pertinence des morceaux choisis. Même le roman tient quelque chose du blog; avec son côté décousu. Il y a un manque de fluidité, de continuité manifestes entre les chapitres; pas de lien. A mon sens, l’autobiographie aurait permis une vraie richesse, plus de profondeur.

Par ailleurs, je suis arrivée à cette question en écrivant cette chronique: est-ce que tout est publiable?  J’en ai une autre: pourquoi toujours vouloir régler ses comptes sur la scène publique? Cela ne s’apprête pas forcément à ce livre en particulier mais il y a quelque chose quand même qui me titille dans ce besoin de vouloir toujours tout partager avec les autres. Que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans un bouquin; tout y passe. Ce besoin quasi obsessionnel d’être en contact avec autrui comme on le ferait avec un journal intime; à ne plus séparer sphère publique et privée qui à s’en mordre les doigts. Où est la limite entre ce qui est pertinent et ce qui ne l’est pas?

13 SUR 20

Le saviez-vous?

Le roman a fait l’objet d’une adaptation cinématographique avec en autre Déborah François et Pascal Elbé.

*  *  *

Résumé: Basé sur des expériences vécues, le récit hilarant et poignant d’une étudiante “ nounou ” pour gosses de riches. Une satire désopilante à faire lire à tous les parents… “ bobos ” ou pas ! Plus vrai que nature.
La narratrice prépare un doctorat à l’université de New York. Pour gagner sa vie, elle devient “ nanny ” dans une des plus belles maisons de New York, chez les X, qui ont un petit garçon de quatre ans, Grayer. Elle va découvrir un monde à part, celui des riches…

J’avais déjà remarqué ce livre sur Babelio. Je savais également qu’il avait fait l’objet d’une adaptation ciné avec Scarlett Johanson et Chris Evans. Mais, c’est au détour d’un rayonnage de la bibliothèque de ma commune que je l’ai trouvé complétement par hasard. Du coup, je l’ai pris pour voir ce que donnait cette histoire dont on vantait sur la couverture : « entre Le bûcher des vanités ( que je n’ai jamais réussi à lire) et Mary Poppins ».

Le moins que l’on puisse dire c’est que les débuts furent laborieux. J’étais même prête à ne pas dépasser le prologue pour tout vous dire. Ce dernier donnait l’impression d’être une succession d’anecdotes de baby-sitters de l’Upper East Side. Je craignais aussi que cela tourne trop à la vengeance, à une sorte de défouloir cathartique.

Heureusement que j’ai poussé plus loin puisque dés que Mme X et son fils entrent en jeu, l’histoire prend une tonalité plus intéressante, plus réelle et moins capricieuse aussi. Qu’on s’entende bien vous et moi, je n’ai jamais été baby-sitter pour de riches familles ou New-yorkaises tout court. Mais, finalement on se rend compte que ce n’est pas toujours l’argent le problème. Le problème est ailleurs tout comme la vérité.

A chaque fois, tout débutait par une série d’entretiens analogues, si étrangement semblables que je me suis souvent demandé si l’Association ne leur avait pas refilé un guide secret d’embauché.

Qu’on soit baby-sitter, nounou ou encore animatrice pour enfants, le problème est souvent le même. Parce que ces métiers ont des limites un peu floues ou tout du moins les parents s’en font leur idée voir leur propre définition. Tu te retrouves alors et tour à tour gardienne d’enfants, femme de ménage, animatrice, cuisinière, pédagogue…et j’en passe. Sans forcément la reconnaissance qui va avec ni la paie. Et parfois même, tu n’es même pas déclarée!

Bien que je ne veuille pas généraliser mon propos, on rencontre souvent aussi un certain désengagement des parents. Ces derniers se reposent sur une quantité de professionnels se substituant à eux ( pédopsy, assistante sociale..) pour leur faciliter la tâche et tout simplement la vie. C’est aux autres de veiller, de combler les carences familiales et sociales de leurs enfants. Pendant qu’eux, courent après les dollars et/ou les dépensent afin de coller parfaitement à la haute bourgeoisie New-Yorkaise c’est-à-dire être intraitable, hautaine, orgueilleuse et superficielle. Le film d’ailleurs aborde ce point-ci sous un aspect anthropologique que j’ai trouvé particulièrement adapté et approprié ( ça et Chris Evans bien sûr!) .

J’adore les enfants ! J’adore leurs petites mains et leurs petits souliers, les sandwiches au beurre de cacahuètes et avoir du beurre de cacahuètes dans mes cheveux […], avoir du sable dons mon sac, les comptines niaises […], le lait de soja, les doudous et le barrage de questions auxquelles nul ne saurait répondre – c’est vrai, au fait, pourquoi le ciel est bleu ?

Mais, ne nous leurrons pas non plus. Il n’y a pas que les parents qui sont à l’Ouest comme cette association où Nannie passe un entretien complétement hallucinant.  D’ailleurs, ce passage m’a ramené à ma propre expérience. Le seul boulot où je n’ai pas fait plus d’une semaine tant je me sentais une extraterrestre. N’a t-on pas une responsabilité collective pas seulement de nos enfants mais de tous les enfants? Moi, je crois que oui.

Par rapport au film, j’ai trouvé le roman comme toujours plus approfondi dans son analyse. Reste que le film vous fait passer un bon moment d’autant que de l’avoir abordé comme science humaine est un atout majeur. L’autre joker du film est sans nul doute possible, Paul Giamatti alias Mr X.

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