SUR LA ROUTE de Jack Kerouac

Quatrième de couverture des Éditions Folio Plus:«Un gars de l’Ouest, de la race solaire, tel était Dean. Ma tante avait beau me mettre en garde contre les histoires que j’aurais avec lui, j’allais entendre l’appel d’une vie neuve, voir un horizon neuf, me fier à tout ça en pleine jeunesse ; et si je devais avoir quelques ennuis, si même Dean devait ne plus vouloir de moi comme copain et me laisser tomber, comme il le ferait plus tard, crevant de faim sur un trottoir ou sur un lit d’hôpital, qu’est-ce que cela pouvait me foutre ? J’étais un jeune écrivain et je me sentais des ailes.Quelque part sur le chemin je savais qu’il y aurait des filles, des visions, tout, quoi ; quelque part sur le chemin on me tendrait la perle rare.»

Ma critique:J’étais à l’aéroport de l’Ile Maurice en partance pour rentrer chez moi à l’Ile de la Réunion.En attendant mon vol,je décide d’aller faire un tour dans la librairie Bookcourt présente dans le hall d’attente.Le choix des titres et des traductions me saisit tant il était vaste, aussi j’avais envie de tout acheter mais finalement mon choix se porta sur deux livres seulement:Elle s’appelait Sarah et Sur la route.Je venais de passer une semaine sur l’ile sœur et voilà que je rêvais déjà de faire un autre voyage,voir d’autres routes.Comme l’expérience me l’a montré et comme Kerouac l’a si bien dit « la route c’est la vie » alors comme pour l’instant,je ne peux pas voyager physiquement je fais de nombreux périples à travers les livres.Aujourd’hui direction les États-Unis plus une virée à Mexico.

« Le monde s’ouvrait à moi car je n’avais aucun rêve »(Sur la route,Jack Kerouac).

Je n’ai pas commencé à lire Sur la route toute de suite après l’avoir acheté,j’ai attendu préférant être entièrement attentive,disponible pour prendre moi aussi la route et suivre mon propre « firmament ».Lorsque j’ai commencé à le lire j’ai eu toutes sortes d’impression passant par des phases « j’adore » et d’autres où le récit m’ennuyait.Une fois j’ai même décidé d’interrompre ma lecture pour changer mes idées avec un autre livre en l’occurrence l’excellent Danse avec les loups.Cette pause s’est révélée extrêmement bénéfique puisque j’ai repris avidement les péripéties de Kerouac et de sa bande.Maintenant que je l’ai terminé et avec le recul,Sur la route me donne surtout l’impression d’une histoire qui doit se vivre plutôt d’être lue.Découvrir les grandes espaces,vivre l’instant présent sans se poser de questions,faire des rencontres étonnantes et détonantes….autant de verbes qu’il faudrait nous lecteur conjuguer dans la vie réelle.Cependant, il faudrait surement pour cela vivre à l’époque de Kerouac et faire le voyage avec lui pour voir ce qu’il a vu,ressentir ce qu’il a ressenti et aimer ce qu’il a aimé.Et comprendre dans un même temps l’époque dans laquelle il évoluait et le mouvement de la Beat Generation.Malgré tout,les situations les époques ont beau évolué l’Homme aspire toujours aux mêmes choses aussi le lecteur comprend parfaitement l’envie de Kerouac et des autres d’échapper à une société qui ne leur conviennent pas,ce désir de trouver leurs places dans celle-ci,et cette envie aussi de fuir toute forme de responsabilités,de devoir.Ils s’y refusent en tout cas sur la route car cette dernière est synonyme de liberté et une fois qu’on l’a prise on ne regarde jamais ce qu’on laisse derrière soi(ou presque).Une fois qu’on y a gouté on ne peut plus faire marche arrière car la route réserve des surprises,elle n’a rien de convenue d’établi.Kerouac l’a voit comme le moyen de vivre le présent sans jamais penser au lendemain de profiter,de faire tous les excès.La route c’est aussi et surtout l’école de la vie,elle nous en apprend sur nous-même et sur le monde.On essaie,on découvre,on « fait l’expérience de » et on en apprend toujours.La route c’est l’aventure mais il n’y a pas d’aventures sans protagoniste me direz-vous.

« Je l’ai trouvé la fille aux yeux purs et innocents que j’avais toujours recherché que je cherchais depuis si longtemps »(Sur la route,Jack Kerouac).

Au début de son voyage,Kerouac avoue qu’il adore « les gens qui brûlent,les furieux du verbe » comme son grand ami Neal Cassidy.Ce dernier est d’une complexité peu ordinaire et paradoxalement tout comme l’auteur,le lecteur est hypnotisé par le personnage.Tantôt on l’aime tantôt on le déteste mais peut-être qu’on envie surtout son insouciance,sa disposition naturelle à faire ce qu’il veut en dehors de toute bienséance.De ne pas se préoccuper de ce qu’on dit sur lui ou de ce qu’on pense de lui; et son égoïsme légendaire qui le pousse toujours à occuper le devant de la scène,à mettre en avant ses propres envies avant celles des autres.De plus,Neal est quelqu’un d’imprévisible d’instable toujours en mouvement.Il fuit tout ce qui est une entrave pour son bien être personnel pourtant il n’aura de cesse de créer lui-même ses propres chaines et parfois,on est amené à croire que l’expérience ne lui apprend rien.Personnellement,je n’en sais rien ou plutôt je crois que Mr Cassidy est un homme qui a ses propres contradictions et que derrière sa carapace de lâcheté,se cache un homme qui n’aura de cesse de courir vers le meilleure partie de lui-même sans jamais l’atteindre ou partiellement.Dans cette perspective,il est tout à fait légitime que Neal ait plu à Kerouac le futur écrivain.Ce dernier est l’exact opposé de son ami,en effet,il a eu un environnement familial plutôt propice à son développement social,personnel et professionnel.Une vie tout tracée l’attend mais il s’y refuse,il est à la recherche de quelque chose d’essentiel,de lui-même et « du sens caché du monde ».Au début de l’aventure,Kerouac est un jeune homme plutôt inexpérimenté et qui mène une vie confortable,monotone comparé à Neal.L’auteur voit certainement en Neal l’homme qu’il ne sera jamais et peut-être que durant un instant,il souhaite être comme son ami.Peut-être qu’à ses côtés et en faisant comme lui,il trouvera l’homme qui sommeille encore en lui le vrai lui.Néanmoins contrairement à Neal,il n’oublie pas totalement ce qui laisse derrière lui et n’hésite pas par exemple à acheter une maison pour ses proches mais il préfère quant même la route car avec elle,il a l’impression de savoir qui il est et de quoi il a envie.Kerouac voulait certainement se mettre en danger quitte à perdre tout pour trouver l’essentiel.D’ailleurs,c’est le cas de bon nombre de personnages dans ce roman ils sont tous dans une quête existentielle mêlée aux effluves d’alcool,de drogue,de sexe.En clair,Sur la route met en scène une génération en perte de repères qui se cherche qui se teste et teste la société autour de laquelle ils gravitent.Ils se rebellent contre les modèles familiaux,sociaux,politiques et économiques antérieurs à eux et souhaitent de ce fait créer selon leur propre système de valeurs,un monde bien à eux à leur image.

 Sur la route est un roman d’une grande beauté et d’une intelligence rare,tout est écrit le banal comme l’exceptionnel sans fioritures ni concession.Cette histoire nous emmène sur les routes américaines et mexicaines,les routes et les pays ont beau être différents et pourtant,on retrouve toujours cette quête de soi,cette crise existentielle et cette envie de retourner à l’essentiel qui nous pousse un jour à prendre la route.

Ma note:20sur 20.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *